Mouzat, Virginie; 'Le défilé œcuménique de John Galliano', Le Figaro, 10th October 2005
http://www.madamefigaro.fr/mode/20051010.MAD0006.html
S'inspirant d'une ballade dont le refrain commence par "Everything is beautiful in its own way" (chacun est beau à sa façon), le défilé du créateur anglais crée l'événement. Et le malaise. Parler des vêtements chez Galliano? Pas question. Cette saison, le créateur lui-même ne semble guère s'en soucier, qui lance sur le podium un show où le message - à travers le casting - prime sur la mode. Longues lianes, nains, créatures felliniennes, vieux beaux et anciennes beautés, géant noir et marin tatoué, jumelles à la Tim Burton et jumeaux christiques... Des couples hors normes, volontairement désaccordés, se succèdent. Qu'est-ce que John Galliano essaye de nous dire? Malgré le message diffusé par la ballade qui prône l'amour et la tolérance, le malaise gagne. On rit, mais parfois jaune. Certes, les mannequins choisis par le créateur, bien qu'impressionnés, ont l'air heureux d'être là. Mais, en les rassemblant ainsi devant nous, Galliano radicalise leurs différences. Mode ou cirque? Vérité ou grand spectacle? Tout se confond. Le créateur prend en otage son public, le met dans l'obligation d'être voyeur. Sa mode est-elle capable de transfigurer l'humanité dans sa diversité et toutes ses inégalités? Devant cette procession de freaks fashion du couturier anglais, on sourit autant qu'on a le cœur serré. Lorsque passe un peignoir où on lit Don't cry for me fashionista ("fashionista, ne pleure pas pour moi"), la fête ne suffit pas à masquer une sombre mise en garde. Galliano pousse l'ironie encore plus loin lorsque, au final, c'est une marionnette de lui-même qui vient saluer le public. Galliano, le vrai, sort enfin, toise son clone miniature à distance, feint de l'ignorer et salue à son tour. Ego distancié ou inflation de cynisme face aux "monstres" - sacrés ou non - que la mode engendre?